Pour que ce juillet-là redevienne une menace
juin 2004, 8 pages

Les illusions d'une fin

Le courage de l’impossible est la lumière qui fend le brouillard, devant lequel chutent les terreurs de la mort et le présent devient vie.
Carlo Michelstaedter

Ce dont on se souvient des journées de Gênes, c’est presque uniquement de la brutalité de la flicaille. L’aspect joyeux d’une subversion de la vie quotidienne a été presqu’enterré. Mais l’émeute d’il y a trois ans est toujours là, menaçante, dans son inachèvement. Tellement menaçante, qu’entre temps son sens n’a pas été érodé par une raison d’Etat qui a imposé une guerre infinie, ou par la calomnie, la mystification, le refoulement mis en acte par tous ceux —en uniforme bleu ou blanc— qui devaient garantir l’ordre et la sécurité dans les rues de Gênes, avec le résultat que l’on connaît. Tellement menaçante que des centaines d’actions directes (des distributeurs automatiques sabotés aux trains bloqués, des commissariats attaqués aux instituts de sciences de la mort endommagés, de voitures diplomatiques incendiées aux agences et concessionnaires italiens saccagés) ont été accomplis partout dans le monde les semaines et les mois suivants. Tellement menaçante enfin, qu’après le brouillard de la représentation, le pouvoir est en train de préparer le ciment de l’incarcération.

Contre la vengeance d’Etat, et en dépit de ceux qui étalent devant les juges l’odieuse division déjà réalisée dans la rue entre bons et mauvais (en justifiant à la limite les affrontements avec les flics en tant que légitime défense contre les charges, mais condamnant les actions contre les structures de l’Etat et du capital qui se sont déroulées avant...), il s’agit d’affirmer le sens de cette émeute contre les pacificateurs et les inquisiteurs. Pour que la révolte explose, bien au-delà des échéances établies par le pouvoir, là où la partie se joue vraiment : dans la totalité de nos vies. Voilà le lieu où se rencontreront, avec les conflits sociaux à venir, les désirs de toutes celles et ceux qui se sont battus avec courage à Gênes. Le lieu d’un crime nommé liberté où il n’existe ni innocents ni coupables.

Alors aucun tribunal, isolant et frappant les accusés, ne scellera ces journées-là.