" Recueil de textes argentins (2001-2003)"
éd. Mutines Séditions, 48 p., novembre 2003


Flexibilité du travail


J'ai vu dans les médias comment le gouvernement de Duhalde, par l'intermédiaire de son ministre de la production, promettait aux entrepreneurs exploiteurs de fléxibiliser encore plus les contrats de travail en réduisant les indemnisations et les cotisations patronales.

Faisons un peu d'histoire et voyons l'impact qu'a eu sur les travailleurs, leurs conditions de vie et de travail, la flexibilisation croissante de la dernière décennie. Nous traiterons ensuite de la situation actuelle, où plus de la moitié de la population active se trouve au chômage ou en sous-emploi. Entre autres conséquences, plus de 50% des habitants vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté.

Tout a commencé sous le premier gouvernement Menem. C'est la période où l'on a introduit les contrats “poubelles” à durée déterminée qui donnent aux exploiteurs la possibilité d'user et d'abuser des travailleurs en supprimant toute stabilité. Par la suite, la durée de la période d'essai a été étendue de 6 à 12 mois, au cours desquels le travailleur pouvait être licencié sans aucune forme d'indemnisation. Durant le second mandat de Menem, les indemnités pour licenciement abusif ont été réduites pour les travailleurs ayant une ancienneté inférieure à 5 ans, et entrés en fonctions après octobre 1998. Comme mesure compensatoire, le gouvernement a annoncé une période d'essai réduite à un mois.

Dernièrement, le bref gouvernement De La Rua a fait repasser la période d'essai à 3 mois avec possibilité d'extension à 6 mois en fonction des conventions collectives, et une durée maximale de 6 à 12 mois dans les PME-PMI.

Dans ces dernières, la flexibilisation a été particulièrement brutale. Outre cette période d'essai étendue, les employeurs ont désormais la possibilité de payer l'aguinaldo1 en trois fois. Ils peuvent également obliger les employéEs à prendre leurs vacances en deux fois (une semaine) et en fixer eux-mêmes la date. Il leur est aussi permis de modifier le régime de fin de contrat de travail, par exemple en payant les indemnités en plusieurs échéances.

Ce bref résumé montre comment ces mesures “flexibilisantes” tendent à ramener le prolétariat dans des conditions de travail dignes du 19e siècle, au faux prétexte de créer davantage d'emplois et d'améliorer les conditions de vie des travailleurs. L'Etat représente les seuls intérêts capitalistes ; il y est entièrement subordonné et les protège avec ses forces répressives contre toute manifestation des travailleurs.

Les entrepreneurs sont les grands bénéficiaires de ces mesures qui leur permettent d'assouvir leur cupidité et d'accroître en permanence leurs bénéfices. Semblant éprouver quelque fausse “honte”, ils le font actuellement de manière moins ostentatoire, allant jusqu'à faire l'aumône aux plus nécessiteux.

Ceux qu'on appelle “représentants syndicaux” méritent un paragraphe à part, eux qui se préoccupent uniquement de la défense de leurs “caisses de perception” (les obras sociales2), laissant de côté les problèmes des travailleurs. Ces sinistres personnages ont permis cette précarisation du travail3 et la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, avec tout ce chômage et toute cette faim.

Antonio C. (S.R.O.V.S.M)
Organizacion obrera n°3, janvier-février 2003

1.Instauré par Peron en 1945, l'aguinaldo est un salaire supplémentaire qui correspond à environ 50% d'un treizième mois.
2.En Argentine, la sécurité sociale est gérée par branches par le biais des obras sociales. Les fonds sont constitués par les cotisations ouvrières (2% du salaire prélevé) et patronales et sont gérés par un organisme paritaire (l'INOS) Etat/syndicats. Mis en place sous Peron, ce système a naturellement profité en premier lieu à la CGT qui a ainsi géré des hôpitaux, des cliniques, des centres de vacances, des crèches etc., et est donc elle-même devenue un employeur important (sans compter la corruption). Néanmoins, l'abolition de l'adhésion obligatoire des salariés en 1993, puis la possibilité d'affiliation à la mutuelle de leur choix, ont sonné le glas de ces privilèges, pour aboutir à une concurrence public/privé.
3. Entre 1995 et 2001, les deux CGT (l'officielle, dite “Rodolfo Daer”, et la nouvelle, créée en 1996, dite “Hubert Moyano”) ont signé près de 1000 accords d'entreprise avec des clauses de flexibilité permettant entre autres aux patrons de prolonger les journées de travail, de diminuer le tarif des heures supplémentaires ou d'affecter les ouvriers à d'autres postes que ceux correspondants à leur qualification, et concédant parfois aussi des limitations au droit de grève.