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Recueil de textes argentins (2001-2003)"
éd. Mutines Séditions, 48 p., novembre 2003
Compte rendu de la fête anarchiste du 1er mai
(1886-2002)
(
)
Juan Pablo de la Cruz Negra Argentina (l'ABC de Buenos Aires)
est intervenu pour expliquer le rôle de ce groupe :
La CNA est un
groupe autogéré de soutien aux personnes détenues
dans les centres d'extermination que le pouvoir nomme prisons.
Ce groupe cherche à établir une communication constante
avec les prisonnierEs, afin que lorsqu'elles/ils réalisent
un mouvement de protestation, la lutte ne demeure et ne meurt
pas à l'intérieur. Nous apportons aussi notre soutien
à toutes celles et tous ceux qui luttent pour faire respecter
leurs droits de prisonnierEs et se révoltent contre le
système pénitentiaire, car cette institution et
ses personnels, comme la police, enferment, torturent et tuent
celles et ceux que le pouvoir a décidé de séquestrer.
La CNA a pour
principe l'abolition des prisons ainsi que de toutes les institutions
autoritaires de l'Etat, et lutte donc pour la liberté de
tous et toutes. Il est important d'apporter une solidarité
active aux prisonnierEs en leur envoyant des lettres de soutien
par exemple, car la torture psychologique et physique qui leur
est administrée par les gardiens de ces centres d'extermination
est mortelle.
Les prisons ne sont pas des centres de réhabilitation comme
l'affirme le pouvoir. Ces lieux ne peuvent que renforcer notre
haine de cette société qui, baignant dans les valeurs
bourgeoises que le pouvoir inculque dès l'école,
repose sur la convoitise et l'ambition plutôt que sur la
solidarité avec ceux qui en ont besoin, à qui elle
ferme la porte au nez.
L'anarchisme, ce sont des principes, une ligne de conduite, une vision de la vie et la conception d'une société sans gouvernement dans laquelle l'harmonie s'obtient non pas en se soumettant à la loi, ni en obéissant à l'autorité, mais par de libres accords établis entre individus et groupes.
Nous considérons qu'une société basée sur ces principes n'aura jamais besoin de prison, ni d'aucun gouvernement qui lui impose ses nécessités.
Il y a peu, en Uruguay, les prisonniers du pénitencier Libertad ont dit Basta !1 Basta de la misère humaine vécue dans les prisons, basta de l'entassement, basta de la mort, basta des prisons ! Les prisonniers se sont mutinés pour en finir avec les conditions inhumaines dans lesquelles ils vivent à l'intérieur du pénitencier. Quelles ont été les réactions face à cela ? Leurs proches se sont également soulevés, soutenant la cause de leurs enfants, amis et compagnons qui démontraient la misère d'un système pénitentiaire dont l'unique objectif est de tuer l'individu malgré les prétendues 1000 solutions proposées par le gouvernement. Après avoir conquis le pénitencier, l'avoir rendu quasiment inhabitable, les prisonniers ont finalement décidé de se rendre aux autorités suite à des négociations à un accord signé. Mais nous connaissons les autorités et leur manière de faire. L'accord qui consistait à ne pas réprimer les prisonniers n'a absolument pas été respecté. Non seulement ils ont été placés à l'isolement total pour 90 jours, non seulement ils ont été battus jusqu'à plus soif, non seulement ils les ont laissé crever dans ce pénitencier où ils avaient décidé de ne plus être, mais en plus ils les ont assassinés. Depuis la mutinerie, cinq prisonniers ont été exécutés : Marcos Lemos et Milton Martinez, accusés d'être les leaders le 6 avril, Alberto Leonel Ramos le 13 avril, Gustavo Liber Gonzalez Vaz le 28 avril. Selon les déclarations du gouvernement uruguayen, tous ces prisonniers se seraient suicidés, mais on est plus qu'en droit de se demander si le gouvernement ne les a pas tués pour faire valoir son autorité. Ils étaient tous détenus au pénitencier Libertad.
Le dernier prisonnier en date assassiné par le gouvernement se trouvait quant à lui au ComCar (dans la banlieue de Montevideo) et on ne connaît toujours pas son identité. Quelles sont les réactions face à cela ? Le gouvernement uruguayen continue à faire ce qu'il veut, comme tous les gouvernements. Deux compagnons anarchistes, Miguel et Gerardo Gimenez, qui étaient aussi détenus à Libertad, ont été accusés de faire partie des agitateurs à l'origine de la mutinerie et ont été sauvagement torturés ; leurs parents se sont lancés dans une grève de la faim parce qu'ils ont peur pour la vie de leurs enfants. Pendant ce temps là, leurs compagnons sont toujours détenus au ComCar de Montevideo, accusés d'expropriation sur de fausses preuves, autre montage évident du gouvernement uruguayen2. Qu'allons nous faire face à cela ? Allons nous continuer à baisser la tête ou bien nous rebeller avec les prisonniers afin de changer cette amère réalité ? Allons nous faire le deuil de notre liberté jusqu'à la mort ?
Il y en a marre, marre de l'exploitation, marre de la faim et de la soumission ! Revendiquons les prisonniers assassinés en Uruguay, luttons pour la liberté et offrons notre soutien à tous ceux qui sont enfermés dans ces centres d'extermination !
Pour conclure, je voudrais dire que ceux qui dirigent sont les détenteurs du capital, les gouvernants nétant que des pantins qui gèrent leurs affaires et les journalistes au seul service des différents groupes de pouvoir et de leurs intérêts. Ainsi la campagne sur la délinquance dont les médias nous bombardent chaque jour vise-t-elle à créer le consensus afin de légitimer le renforcement des corps répressifs et la militarisation de la société. Le gouvernement ne peut tolérer que la tension sociale qui existe actuellement explose, comme elle le fait parfois sainement, de manière spontanée, surprenant et débordant jusqu'aux forces de l'ordre. C'est en prévision de cela qu'ils remplissent les rues de gendarmes et de policiers.
Ils nous parlent
d'insécurité et de délinquants, de prisons
et de flics, ils incitent la population à adopter une mentalité
policière alors que le pays tout entier, contrôlé
par l'Etat argentin, est dévasté et qu'y règnent
la faim, le désespoir et la mort.
SALUT ET ANARCHIE !
LIBERTE POUR TOUS !
La Protesta n°8220, juillet-août 2002
1.La mutinerie
au pénitencier "Libertad " sest produite
le 1er mars 2002 et a duré près d'une semaine. Les
revendications étaient l'amélioration des conditions
d'hygiène et de vie, l'apport d'une aide médicale,
la fin de la surpopulation et des mauvais traitements. Le pénitencier
a été encerclé par l 'armée (tanks
et hélicoptères) et les prisonniers se sont finalement
rendus.
2. En septembre 1997, quatre compagnons anarchistes uruguayens,
Miguel et Gerardo Gimenez (d'origine suédoise), Alexis
Tourne et Alexander Montero ont été condamnés
à 7 ans et demi de prison pour expropriation. Le 8 avril
2003, Miguel et Gerardo Gimenez ont été libérés,
apparemment sur ordre de la Cour suprême. Par contre, leurs
deux compagnons Alexis et Alexander sont toujours emprisonnés
au ComCar. Pour plus d'informations : http://www.muchachos.cjb.net/